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Conférence/débat à la NEF : « L’ouverture des frontières : une question mal posée ? »

Jérôme Esnouf

Titre: Conférence/débat à la NEF : « L’ouverture des frontières : une question mal posée ? » (par Jérôme Esnouf, professeur de philosophie)
Lieu: Bibliothèque municipale de Dijon, la NEF
Heure début: 20:30
Date: 20-05-2016

La plupart des débats actuels autour de la question des frontières insistent sur la nécessité d’ouvrir les frontières aux flux migratoires qui s’intensifient et pressent aux portes de l’Europe, ou au contraire sur celle de les fermer. Un ensemble de critères moraux ou économiques sont alors invoqués, orientant souvent vers une conception plus ou moins ouverte de la citoyenneté politique, dont les principes définitionnels varient selon les théories politiques envisagées. Nous pourrions nous demander néanmoins en quel sens cette conception des frontières en tant que barrières matérielles et instrumentales évide le sens véritable des limites, qui doivent être plus fondamentalement comprises comme des seuils. Le seuil fonde la séparation sur l’esprit, et non sur la matière ; elles favorisent la circulation des idées avant celle du profit ; mais dans un contexte de mondialisation des échanges de toute nature, la conception solipsiste des seuils, de source traditionnelle, ne suffit évidemment pas et la question demeure du régime juste de la circulation à mettre en place. Car le seuil, pour articuler l’horizontalité sociale tout en ouvrant sur la verticalité de l’esprit, doit se déployer dans la dimension de « l’entre ». L’oeuvre de François Jullien donne quelques repères préalables à ce que serait une philosophie interculturelle donnant toute son ampleur à des limites fonctionnant comme des « écarts » créateurs. Au-delà des frontières rationalistes d’un côté et des fronts identitaires de l’autre, le seuil interculturel souhaiterait penser l’écart entre les hommes comme l’élément essentiel de leur intégration dans l’unité de la pensée, plutôt qu’à travers la pluralité indéfinie de la matière et de sa consommation, dont l’unité ne consisterait guère plus qu’au « spectacle » annoncé et mis en scène par un certain état de la société marchande. Au-delà des politiques multiculturelles ou transculturelles, ne considérant les cultures que comme des « suppléments d’âme » privés que seule la raison formelle et juridique pourrait articuler de l’extérieur, il s’agirait de prendre les cultures au sérieux et de leur donner la voix, afin d’exorciser en elles toute volonté parodique de renverser l’universel en un universalisme vain et inutilement conquérant. De « bonnes » frontières seraient donc des seuils culturels dynamiques, fondées sur une intelligence en acte plutôt que sur une identité reçue, dût-elle être celle de la raison universaliste elle-même.

A propos de l'auteur

Braverman Charles

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