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A Montceau (ADJ) : le malade, la maladie

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Titre: A Montceau (ADJ) : le malade, la maladie (par Mme Hanotte, professeur de philosophie)
Heure début: 20:30
Date: 16-04-2015

Il s’agira d’expliquer en quoi la santé peut être considérée comme un « mythe » (cf. sécurité), comment la société s’empare de ce mythe pour proposer un « marketing » économiquement rentable (recettes de bien-être) et ainsi  réfléchir sur la distinction être et avoir. La maladie, qui est en apparence si clairement déterminée, ne produit-elle pas aussi des interrogations ?
A l’ère du soupçon comme le dit si bien Nathalie Sarraute on peut reprendre l’affirmation de KNOCK (Romain Rolland) : »tout bien portant est un malade qui s’ignore »! Ce même Knock remplissait de cette manière son cabinet médica. A partir de là, il faut réfléchir à la distinction entre maladie et malade et s’interroger sur une définition de la médecine qui relève plus de l’art que de la science et s’interroger sur ce que l’on appelle le « normal »

A propos de l'auteur

Braverman Charles

1 comment

  1. LICANDRO

    Je livre ici quelques réflexions que m’a inspirées la causerie d’Annie Hanotte sur le sujet de la maladie.
    Cette causerie du 16 avril fut extrêmement stimulante pour qui voulait approfondir le sens de la « maladie » et de ce que veut dire de nos jours « être malade ». Sujet grave et même dérangeant pour certaines personnes qui n’osent pas aborder les questions qui inquiètent. Car, il faut le dire d’emblée, derrière la maladie se profile la perspective de la mort, thème philosophique par excellence qui, comme le soleil, disait La Rochefoucauld, est difficile à regarder en face… Les notions fondamentales touchant la maladie ont été rappelées avec simplicité, clarté et non sans ponctuations humoristiques bienvenues sur ce terrain forcément préoccupant. Dans cette analyse l’accent fut mis sur les contradictions qui pèsent encore de nos jours, et peut-être plus que jamais, sur la perception que nous avons de la maladie et du malade dans nos sociétés hyper sensibilisées au bien-être.
    Partant de considérations concrètes, voire anecdotiques, qui nous préservent des trop grandes abstractions dans lesquelles se complaisent parfois certains maîtres de la pensée contemporaine, l’oratrice a su se rendre accessible et s’élever au-dessus de l’opinion toujours particulière et contradictoire, pour pointer des dénominateurs communs éclairants, ce qui est le propre de la réflexion philosophique.
    Elle a montré combien à notre époque la santé est un mythe florissant étayé par des définitions impossibles, comme celle de l’OMS par exemple qui pourrait prêter à rire par son ambition, et par des statistiques normatives qui tendent à enfermer le sujet de la maladie et même chaque être humain relativement « bien portant » dans des catégories standard. À la réflexion, le normal et l’anormal ou le sain et le pathologique, deviennent des notions relatives qui évoluent dans le temps, alors que l’être humain, malade ou en « bonne santé » est un être toujours singulier complexe et difficile à cerner. Sur le plan médical, chacun d’entre nous réagit différemment aux agressions pathogènes et avec son métabolisme propre. Mais la science, qui est toujours science du général, tend à gommer les différences et les particularités et la médecine moderne n’échappe pas à cette abstraction généralisante.
    Dans une société mercantile qui, par l’intermédiaire de toutes les formes de publicité tournant autour des notions de bien-être et de santé, tend d’abord à faire du malade un consommateur de produits et de soins, nous devons être vigilants et ne pas nous laisser abuser. Nous devons refuser d’être des objets passifs s’abandonnant sans restriction, sans réaction, aux circuits des traitements et des médications de toutes sortes. Entre autres références philosophiques, l’oratrice a rappelé une savoureuse pensée de Georges Canguilhem selon laquelle à partir de 40 ans un être humain devrait pouvoir prendre sa santé en main. Ce qui implique le devoir de s’informer et de prendre quelques initiatives. En effet, nous dit Annie Hanotte, il faut savoir oser et ne pas se conformer aux schémas attendus du malade pris dans le circuit des soins hospitaliers, qui par exemple est tenu de s’aliter alors que ce n’est pas toujours indispensable et qui s’offre comme chose passive aux « bons soins » et à la diligence des soignants. Certes, il ne s’agit pas de refuser des soins souvent indispensables et même décisifs et de tourner illusoirement le dos à la médecine en dépit de ses contradictions et de sa complexité dans laquelle le remède et le soin sont parfois à double tranchant. On ne cesse de nous répéter que le risque zéro n’existe pas, pas plus en médecine qu’ailleurs. La gageure philosophique ici n’est pas seulement de « guérir » ou d’ « en réchapper » mais de ne pas succomber à la tentation de s’abandonner ou d’être un béni-oui-oui de la médecine à travers laquelle s’exerce aussi un certain pouvoir…
    Ces réserves étant faites, on relèvera que la maladie même incurable ou partiellement curable, peut-être l’occasion de prises de conscience existentielles parfois décisives. Sans faire de la maladie et de la souffrance un passage obligé en ce sens, elles peuvent dans certains cas amener un profond changement de perception des choses et du mode de vie dans le sens d’une plus grande sagesse. Ceci, cependant, semble d’autant moins difficile à mettre en œuvre que l’être concerné jouit de ses facultés et a la possibilité physique et mentale de prendre en main sa situation sans pour autant refuser l’aide du personnel soignant ou des proches quand ces derniers sont disposés à l’apporter dans le sens de la plus élémentaire solidarité. La volonté et le courage nécessaires varient ici d’un individu à l’autre mais le principe d’autonomie souligné et préconisé par Annie Hanotte reste constamment valable. Il est une invitation à savoir être le plus affranchi possible même quand tout va mal et à ne pas se laisser écraser par ce qui se présente souvent comme une fatalité. Chacun doit mesurer sa marge de combativité et d’initiative et prendre les dispositions et même les risques, tant qu’il en est capable, lui permettant de rester conscient et libre dans la mesure de ses possibilités et, d’une certaine façon, maître de son existence le plus longtemps possible.
    C’est une belle leçon de courage et de lucidité que nous pouvons trouver dans une pareille réflexion dont les prolongements dans la vie quotidienne sont nombreux, comme l’ont prouvé les discussions qui ont suivi cet intéressant exposé.

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