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L’homme est-il égoïste ?

Egoiste

Titre: L’homme est-il égoïste ?
Lieu: Ateliers du Jours (Montceau-les-Mines)
Heure début: 20:30
Date: 21-11-2013

Présentation : « Lorsque la nature humaine est interrogée, l’homme est souvent décrit comme égoïste. Cet égoïsme sert même de principe explicatif à de nombreux défauts qui sont prétendument constatés en nous. Pourtant, une telle définition de l’homme est-elle recevable ? Les faits attestent-ils cet égoïsme de l’homme ? »

A propos de l'auteur

Braverman Charles

6 comments

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  1. Sophia

    L’égoïste : est-il celui qui jouit d’une liberté sans limites, donc naturellement juste avec lui-même c’est pourquoi il exige et donne ce que bon lui semble…Aussi et paradoxalement, l’égoïste est-il injuste avec lui-même parce que prisonnier et enchaîné par ses dépendances, sa liberté s’en trouvera considérablement altérée et ainsi il exigera et donnera également ce que bon lui semble…

  2. lucenthos

    Pré réflexions sur une question épineuse, car l’égoïsme ça pique !

    « Égoïste » était même le nom d’un parfum pour homme, fin des années 80. Je me demandais alors si c’était là une manière de rehausser ou de promouvoir, par le truchement d’un produit de luxe, ce qui est généralement considéré comme une tare radicale de l’être humain lorsque que son comportement et même sa nature, sont interrogés. Sublimer ainsi (l’art du parfumeur) une attitude supposée exclusive au niveau des choses supérieures (certes dans un contexte relatif de consommation de luxe, aux critères discutables), était-ce une simple astuce publicitaire ou, derrière celle-ci, la revendication implicite d’un hédonisme légitimement égoïste ? Difficile de répondre sur ce point mais cela avait la particularité de rapprocher égoïsme et jouissance sur un terrain où les deux notions trouvent maintes occasions de s’associer. Est-ce à dire pour autant que le plaisir est toujours de l’ordre de la jouissance personnelle et exclusive ? C’est à voir. Dans le même sillage on pourrait même se demander si le plaisir dit partagé, ne se réduit pas au fond à une simple contiguïté des plaisirs personnels, chacun des protagonistes restant en définitive dans l’opacité et la captation de ses propres sensations même et surtout au moment de l’acmé, donc égoïsme malgré soi ?
    En fait, ce qui m’intéresse dans la question ainsi posée, « L’homme est-il égoïste ? », c’est la question elle-même, sa formulation directe et posée à brûle pourpoint. Pourquoi cette interpellation ou cette demande ? Y aurait-il un doute sur l’évident égoïsme humain ? Cela peut surprendre tout comme pourraient surprendre des questions du genre : l’eau mouille-t-elle ? Le feu brûle-t-il ? La terre tourne-t-elle vraiment autour du soleil ?… Secouer des évidences bien assises fait partie de l’entreprise philosophique, certes. Mais d’aucuns nous ont appris à déceler des intentions derrière les questions et dans la forme même des questions que l’on nous pose et que nous pouvons reprendre à notre compte. Qu’espère-t-on donc en (se) posant cette question et en la formulant ainsi sous sa forme la plus simple et la plus directe ? Faire un petit re-tour d’horizon sur la nature humaine ? Se re-pencher une énième fois sur ce qu’est l’être humain, sur la problématique question de sa nature : l’homme a-t-il une nature avec des tendances bien ancrées, n’est-il que le résultat d’un conditionnement social, culturel, à quel méridien couper la poire en deux ? Une part pour la nature, deux pour la culture, ou le contraire ou se perdre dans leur interactions sans commencement ni fin ? N’espère-t-on pas plutôt sauver la mise, en faisant se profiler à la fin de l’examen prévu, une belle solution humaniste toute belle, toute fraîche (fraîche, je ne sais pas, en fait) ? L’homme, cet animal dénaturé, virtuellement ouvert aux autres et tutti quanti, faisant émaner du fond de sa sublime conscience, par les effets d’ une bonne éducation, toutes les promesses d’un humanisme désintéressé et d’un altruisme dont son cœur contiendrait un potentiel insoupçonné et qu’illustrent, ici et là, les actes de bravoure, de charité, de solidarité, d’oubli de soi et de désintéressement dont-il est capable et ce jusqu’au sacrifice… amen.
    Alors là, attention, La Rochefoucauld et ses épigones la ramènent ! Votre altruisme, c’est de l’égoïsme déguisé et ce cher Nietzsche, là-dessus, va en rajouter 400 tonnes pour enfoncer le clou! L’homme ne cesse pas d’être égoïste même quand il s’illusionne au point de croire qu’il a transcendé tous ces mouvements centripètes. Ses élans du cœur, ses entreprises caritatives avec tous les chantres de l’Agapè et les sauveurs d’humanité, etc, tout ça c’est du pipeau. Plus basique et plus irritant encore « ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fît à toi-même », jolie formule retravaillée par l’illustre Kant pour nous sortir de ce vil ancrage sur soi, est-ce bien là l’expression d’un sentiment moral dont les racines plongeraient dans une sensibilité native à la souffrance d’autrui mais recouvertes par les perversions sociales ou dans quelque capacité réflexive pour un moment détachée des intérêts personnels ? Est-ce un principe réfléchi anti-égoïste, fruit d’une méditation morale supérieure ? Et si ce n’était qu’une façon habile pour l’individu soit disant moral donc, en principe, un peu moins égocentré que d’autres, de se mettre à l’abri des mauvais coups que l’autre justement pourrait lui asséner ! Ah ! S’il pouvait convaincre ce dernier du bien fondé de ce précepte, cela en ferait au moins un universel défensif ? À bon entendeur…
    Et puis, en cheminant un peu autour de la Fable des abeilles avec les moralistes anglo-saxons que l’on taxe souvent de penseurs égoïstes, contrairement aux idées chéries, je découvre que l’égoïsme aurait du bon. Qu’allons-nous chercher dans des traditions surannées, des vérités d’un autre âge et autres principes transcendantaux ? Le renoncement à soi-même ? Qui en est vraiment capable et pourquoi ? Si nous nous contentions d’être de bons égoïstes, les choses s’harmoniseraient peut-être d’elles-mêmes. Si chacun s’occupait activement de ses oignons, les vaches seraient bien gardées et tout le monde en tirerait profit. Méfions-nous de l’idéalisme comme du virus H1N1, vaccinons-nous contre la peste des bons sentiments et arrêtons de vouloir jouer les mères Teresa version locale, car est-ce bien par amour du prochain que l’on se démène ainsi, que l’on se décarcasse comme un marchand d’épices, soit disant pour le bien commun ? N’est-ce pas plutôt pour acquérir une bonne réputation aux yeux de nos ami(e)s et concitoyen(ne)s à l’extérieur, pour nous mirer dans une flatteuse image de nous-mêmes en dedans et (qui sait ?) afin d’acquérir des mérites pour la postérité ou un éventuel arrière monde ?

    1. Braverman Charles

      Juste un point ou deux d’éclaircissement pour ceux qui n’ont pas pu être présents lors de cette conférence (ce qui n’enlève rien à la valeur des commentaires précédents):
      - loin de donner dans un altruisme radical ou de simplement faire un tour d’horizon philosophique, mon propos cherchait d’abord (en première partie) à expliquer d’où vient ce problème de l’égoïsme. A travers la question « l’homme est-il égoïste ? » il s’agissait également de fournir une occasion de se demander : « quel problème si l’homme l’est ? ; d’où vient le problème de l’égoïsme ? et pourquoi y aurait-il un problème à être égoïste ? ». J’ai alors saisi l’occasion de souligner l’arrière fond souvent impensé de notre culture lié à la morale du désintéressement, à Kant, au christianisme.
      - enfin, la perspective d’ouverture n’était absolument pas l’espoir de fonder un altruisme, mais un questionnement sur la réalité de cet égoïsme radical si souvent annoncé comme une évidence. Hume invite à penser une sympathie limitée comme fait d’expérience et peut-être est-il alors possible de considérer l’égoïsme et l’altruisme comme deux fantasmes renvoyés dos à dos…

      1. lucenthos

        Cher Monsieur Braverman, Ce que vous écrivez là me parait tout à fait pertinent quant à la problématique de l’égoïsme ou, mieux, comme vous le suggérez vous même ici, à la problématique du problème de l’égoïsme. Car il faut bien expliciter ce qui pour le philosophe est souvent implicite : questionner le contenu de la question certes, ici l’égoïsme (et ce n’est pas un simple mot mais une notion complexe) mais aussi la question elle même et il fallait bien, comme vous l’avez fait, commencer par la poser en des termes simples. Ceci dit, je n’ai malheureusement pas pu assister à votre conférence sur le sujet à Montceau-les-mines et mes réfléxions préliminaires ci- dessus, me sont spontanément venues au vu du sujet. Je trouve la démarche qui consiste à questionner une question, à condition qu’on ne verse pas dans la redondance et la sophistique, assez instructive et utile à l’élargissement d’un problème, en partant du fait qu’aucune question n’est innocente au sens où elle contient et renvoie à toutes sortes de présupposés et d’interrogations qui sont le nerf (moteur) d’une saine réflexion. En tout cas mes félicitations pour ce site et votre courage de venir jusqu’au fond de la Saone et Loire, éveiller les esprits sur des sujets captivants.

  3. John

    Le sens des mots.
    L’égoïsme n’est ni un défaut ni une qualité.
    La vie, sous toutes ses formes, est l’aboutissement d’une évolution durant laquelle les premières cellules se sont adaptées à leur environnement où la seule loi était, et est encore, de survivre pour perpétuer l’espèce.
    On ne peut pas associer ce fait naturel qui consiste à ce que l’existence soit un combat perpétuel à : une tare, un défaut, ou bien… à de l’égoïsme.
    La vie, forcément sociale par le fait qu’elle comporte plusieurs individus, est composée d’arrangements, qui ont pour seul but, de le protéger durant son existence.
    Ainsi l’égoïsme devient une nécessité naturelle. On donne pour recevoir, on aime pour être aimé… et tout l’altruisme que l’on prête à l’espèce humaine, en particulier, n’est en fait que le miroir de l’égoïsme.

  4. Nassima

    L’égoïsme et l’altruisme sont donc naturellement la reconnaissance de besoins. Et, pour y répondre, il faut trouver « des arrangements » qui se traduisent par la gestion d’une harmonisation en utilisant des moyens justes, dans la reconnaissance de la diversité des uns et des autres ; autrement dit, dans la conscience du « être avec autrui ».

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