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Compte-rendu : critique de l’autorité

Compte rendu de la conférence/débat sur la « Critique de l’autorité » ayant eu lieu à Montceau-les-Mines aux Ateliers du jour. Bonne lecture…

Deux conférenciers étaient présents pour cette réflexion relative à la critique de l’autorité :Aurélien Requena et Charles Braverman. La conférence s’est déroulée en trois parties :

  1. Une brève introduction (par Charles Braverman): ci-dessous les notes préparatoires de cette introduction.
  2. Une réflexion relative aux ressorts de l’autorité (par Aurélien Requena): ci dessous un compte-rendu réalisé par M. Thomas à partir de sa prise de note.
  3. Une analyse de la crise de l’autorité en politique et de la relation entre autorité et éducation (par Charles Braverman): voici le lien vers un article sur cette thématique (l’article correspond à la préparation de cette conférence mais contient plus de choses que ce que le temps imparti a permis de dire…). Cliquez ici pour lire cet article.

1 Introduction
1.1 Deux distinctions essentielles :

– L’autorité contre la violence (Ces distinctions sont essentiellement inspirées par le chapitre intitulé « Qu’est-ce que l’autorité » extrait de la Crise de la culture d’Hannah Arendt) : si la finalité semble la même (faire obéir) les modalités par lesquelles on obtient l’obéissance sont différentes si l’on fait preuve de violence ou si on possède l’autorité. Il y va de la différence entre respect, estime et peur. Le respect peut être défini comme l’observation de la règle c’est-à-dire comme la conformation extérieure de notre action à ce qui est attendu. C’est ainsi par exemple qu’on respecte la loi. Estimer un individu implique alors quelque chose de plus que le fait de le respecter. Respecter autrui c’est arrêter son action avant qu’elle n’entrave sa liberté et c’est pour cela que manquer de respect à quelqu’un revient à montrer par des dires ou des actions qu’on ne considère cet individu non comme un égal mais comme un être inférieur voire un objet. L’estime quant à elle n’est pas une conformation extérieure à une règle mais consiste bien dans la reconnaissance de la valeur supérieure de la chose ou de la personne qu’on estime. Certes, l’absence de respect se fonde en général sur l’absence d’estime mais la différence est manifeste dans le cas où on respecte autrui sans pour autant l’estimer le moins du monde. Ainsi, le respect peut être également motivé par la peur (et non plus par l’estime) et la violence sera une manière de garantir le respect en marquant la chair d’autrui par la peur de la sanction. Dans la violence, on arrache donc à autrui le consentement nécessaire à son obéissance alors que dans l’estime le consentement semblera parfaitement volontaire. La violence est l’échec de l’autorité car c’est le moment où il y a eu désobéissance c’est-à- dire qu’un individu s’est élevé contre l’autorité. Fondamentalement, l’autorité relève donc de l’autorisation car celui qui a autorité est autorisé à demander quelque l’obéissance. L’autorité se justifie alors non par la force mais par un fondement qui implique qu’elle soit estimée. L’autorité est alors indissociable d’une valorisation qui la fonde. Ce fondement peut être divers : la tradition (c’est-à-dire le poids du passé), l’âge, la religion, la raison (c’est-à-dire un haut niveau de connaissance), la capacité technique (le savoir-faire), la sagesse (au sens de la vertu morale). Quel que soit son fondement, l’autorité ne prend pas appui sur une violence effective et doit garder au maximum la violence et la force comme des possibilités pour maintenir l’ordre quand elle a échoué. La peur fait un mauvais fondement à l’autorité car la première occasion où il sera possible de se défaire de l’obligation sera immédiatement saisie.

– L’autorité contre l’égalité de l’échange argumentatif : l’autorité ne discute pas mais s’affirme. Elle peut à la rigueur se justifier pour réaffirmer le bien fondé de ses décisions mais même cela ressemble à la fin de l’autorité. Car si nous attendons des justifications de la part de celui qui possède l’autorité c’est que nous doutons déjà de la légitimité de cette autorité. Quand nous commençons à discuter de la légitimité des commandements divins alors nous sommes déjà bien loin d’accepter son autorité. De même quand le peuple a commencé à discuter l’autorité de Louis XVI, ce dernier devait déjà sentir qu’il perdait la tête!! Il n’y a en effet plus d’autorité dans le dialogue qui se fonde sur des arguments rationnels car chacun est mis sur un pied d’égalité pour juger de la valeur des arguments qui sont fournis. La discussion suppose le partage d’une raison commune qui est absence de l’autorité car cette dernière suppose en réalité l’idée de hiérarchie.

1.2 Problématiques et axes de réponse de la conférence

Deux questions se posent alors. Quand il s’agit de l’autorité (que celle-ci soit associée à la sphère politique ou à des dimensions pré-politiques), quels sont les ressorts qui viennent garantir la soumission des individus à l’obligation qu’elle produit? Il s’agit donc d’abord de questionner les raisons pour lesquelles les individus se soumettent à l’autorité d’un tiers. Outre cette question des ressorts de l’autorité, il faut également s’interroger sur les potentielles dérives de l’autorité afin de déterminer si cette notion doit être bannie de nos sociétés (comme certains partisans des idées de progrès et de liberté voudraient le faire croire) ou s’il peut y avoir au contraire un rôle fondamentale joué par elle, à condition qu’elle soit toutefois bien comprise. Il conviendra dès lors d’étudier la notion d’autorité non seulement dans le domaine politique mais également dans une sphère pré-politique (mais éminemment essentielle pour la politique) qui est celle de l’éducation et de la culture afin d’envisager notamment le rôle de l’autorité dans la constitution de l’autonomie de la pensée.

2 Les ressorts de l’autorité

Dans l’actualité, l’autorité est très présente mais elle a « mauvaise réputation » :

  • soit parce qu’elle est le vecteur d’une domination voire d’une aliénation

  • soit parce qu’elle se « porte » mal : que ce soit l’autorité politique, celle des parents, des enseignants … de ceux qui appartiennent à la sphère que nous désignons sous le terme de « pré-politiques »

Dans son « Discours de la servitude volontaire » Etienne de La Boétie (1530/1563) expose de façon générale ce qu’est l’autorité et peut donc être pris comme modèle. Si ce dernier parle d’autorité dans la sphère politique, il sera possible d’étendre librement les ressorts de l’autorité qu’il identifie aux sphères pré-politiques.

Il demande comment il est possible de consentir librement à l’autorité dans la mesure où elle implique soumission donc servitude ou esclavage. Ceci est donc le constat d’un paradoxe : celui de la « servitude volontaire ». Comment est-il possible qu’un grand nombre de personnes se soumettent à une seule ?

Cela pose une double question, d’ordre quantitatif, et aussi d’ordre qualitatif puisque ce serait donc des personnes libres qui s’aliènent elles-même.

Du fait du contexte dans lequel vit La Boétie (l’Humanisme) il nous propose trois ressorts ou fondements à l’autorité:

a) la servitude volontaire comme paradoxe

Ceux qui obéissent le fond donc par consentement : c’est une cause psychologique ; il existe une reconnaissance de la part de celui qui obéit à l’autorité vis à vis de celui qui l’exerce .

Comment alors concilier autorité et volonté de s’y soumettre ? que se passe-t-il si le consentement à cette soumission cesse ? Un autre auteur qui est J.J. Rousseau propose un « contrat » ( cf Le Contrat social) entre autorité et ceux qui s’y soumettent. Tout l’enjeu pour un théoricien du contrat comme Rousseau étant alors de réconcilier l’obéissance et la liberté à travers la notion d’autonomie (se soumettre aux lois qu’on a soi-même choisies est encore liberté).

Selon cette perspective, il suffirait d’arrêter d’autoriser le tyran pour que celui-ci tombe de lui-même. La critique de l’autorité passerait alors par le refus (finalement assez simple) de l’autorité.

b) la « dénaturation » liée à la coutume

L’obéissance à une autorité se fait sous l’effet progressif d’une « dénaturation » : sa cause en serait l’habitude.

Habitude : se dit de quelque chose qui n’est pas naturel mais le devient, qui n’est pas inné mais le devient donc et est acquis. Toutefois, l’habitude suppose presque une extinction de la volonté car on fait quelque chose par habitude lorsqu’on le fait sans réfléchir : lorsqu’il y a création d’un « ordre d’habitude » . L’habitude est un processus qui « naturalise » : cela implique donc un mécanisme d’« in-corporation ».

Pierre Bourdieu, sociologue, disait que l’autorité politique repose sur « l’habitus » : nous avons incorporé les règles de l’autorité politique, les règles du corps social… et de ce fait la critique des « normes » nous devient difficile : donc critiquer l’autorité n’est pas aussi simple qu’on le pense de prime abord lorsque les normes de l’autorité ont été incorporés par ceux qui la subissent.

D’où un certain nombre de problèmes posés par cette « habitude » :

  • celui de l’éducation qui est un vecteur de normes : donc pose la question des enjeux pédagogiques

  • celui de la culture dans laquelle nous vivons : la société de consommation et son cortège de nouveautés, ce culte du nouveau et du constant renouveau qui ne sont pas propices à fixer des habitudes… ni à susciter des critiques : la culture devient alors « un dressage ».

c) l’identification à la figure politique

La Boétie rappelle qu’il existe une structure pyramidale du pouvoir, une hiérarchie de tyranneaux et donc chacun, à son niveau, possède une part de ce pouvoir.

L’autorité repose alors sur une forme d’identification imaginaire de chacun au pouvoir, le pouvoir du tyran est relayé par l’appétit du pouvoir.

Il se produit donc un déplacement de l’analyse de la soumission à l’autorité vers la question psychanalytique : l’exemple du complexe d’Œdipe illustre cet aspect et apparait ainsi la naissance du Surmoi, instance psychique proclamant les interdits et donc la naissance de la conscience morale.

Ainsi, l’autorité repose sur une adhésion inconsciente (provoquée par le surmoi)

Si l’autorité est en crise cela proviendrait peut-être d’un défaut d’identification des personnes soumises à cette autorité.

3 Le défi de la conciliation entre liberté et auto- rité

Cliquez ici pour lire l’article correspondant à cette partie…

A propos de l'auteur

Braverman Charles

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